08 août 2007
Neanderthal fieri potest
Et oui, l’adaptation a un prix.
Le revers de la médaille quant à notre faculté à nous adapter aux environnements les plus infects est un sans conteste le glissement de notre esprit vers la soumission, aie aie aie, y’en a qui vont se reconnaître car là je fais large, allez je dénonce : çà va de l état de collabo intello à celui de Néanderthal en passant par celui de d’esclave. Veuillez observer ici qu’on assiste à une corruption du bonheur par lequel nous allons piller notre puissance ontologico-égoïste au service de l’agresseur dont nous nous voulons l’amant, voui, voui, bien vu çà ressemble au complexe de Stockölm qui a tout l’air d’être la forme aigüe de cette pathologie. Notez aussi que l’allusion à Néanderthal n’est autre qu’une image associée aussi bien à la grotte du grincheux qu’à la dégaine de la foldingue.
Trève de plaisanterie, Comment faire pour s’adapter sans y laisser des plumes ? y’en a qui vont me dire de ne pas approcher tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à du piaf ou du pigeon …Hein ? C’est eux qui se sont approchés de moi les enculés, y’en a même un qui skwattait ma banquette, limite y fait ta cote le truc !
Bon je continue, j’explique aux gens pourquoi ils veulent toujours acheter une maison et s’épanouir au travail.
Pour vivre en France nos parents, TF1 et l’école nous dit « faut trouver un boulot feignasse ! »
Alors nous on aime pas beaucoup bosser, déjà parce les profs y nous aiment pas et que notre truc c’est le football, alors va trouver un boulot avec çà, alors il te reste plus que comptable et veilleur de nuit dans un hostaux. Neness et moi on a eu du mal à s’adapter, c’est peut être pour çà que Stockolm n’a pas voulu de nous, résultat on est toujours à Argenteuil comme 2 clochards.
Tout çà pour dire que le mouvement qui permet de trouver la solution à un problème donné (l’adaptation pour faire plus simple), est dangereux s’il n’est pas maîtrisé par celui qui s’y emploi ; en gros si il est initié par la réaction à une agression ou par le fruit d’une réflexion il y a fort à penser qu’il n’y ait pas de limites à ce mouvement , à moins que trop abject, il entraîne par réaction l’abandon ou le rejet suicidaire.
Conclusion : la sensation est capable de vivre le mouvement de l’adaptation car connectée à la globalité des connaissances de notre esprit, autonome face à l’environnement, avide de curiosité et de béatitude elle a le profil adéquat pour accompagner le mouvement d’adaptation sans danger et retrouver la résonance du mouvement vers l’épanouïssement.
C'est clair, les études sont le chemin le plus court pour éviter l'ontologie!
LA PLUIE QUI CHANTE
La pluie d’été sent le soleil. Mais celle là est empreinte de nuit. Elle sent l’hiver, avec sa fourrure de poils gris. Elle colle dans mes narines.
Je rêve par la fenêtre. Je suis tout grognon, et j’ai pas envie de travailler. Alors je me pelotonne dans mon pull et je révasse devant mes jours de congés….ah tout ces jours à rien faire…
Je regarde les gouttes par la fenêtre : je chante la pluie.
Elle se chante au piano, avec de petits arcs en ciel tout doux sur chaque note. Avec des bruits de contrebasse qui ressemblent aux cris des mouettes.
Je pense à la mer, en novembre, vers Etretat. En haut des falaises, le bruit incessant du ressac a l’odeur d’un amour perdu.
Je repense à un chant de contrebasse, celle de Bruno Chevillon. Parthenay 1994. Ou 1995 je sais plus. Un excellent souvenir, on aurait dit des papillons électriques qui se prenaient les ailes dans les cordes de l’instrument. Je crois pas avoir entendu quelque chose qui m’ait autant marqué depuis.
A l’époque, rêveries au soleil, promenade dans les décombres des chateaux, sauce art et culture. On se prenait tous pour ce qu’on aurait voulu être : des références de maturité comportementale, artistique, des points de repère de la manière d’être optimale à notre sens : underground, drugs and jazz contemporain.
Mais où sont donc passés les pré-adultes de cet été là ? Il me semble que l’un est resté bloqué dans un délire sous champignons. L’autre a découvert le monde de la rave-party ; je crois qu’il fait des films.
C’est difficile pour moi de ne pas prendre le ton du jugement là-dessus, au regard de nos errements, mais c’est un bon exercice. Je suis très éloignée de ce que j’étais à l’époque. Je me suis autant éloignée de ce point qui nous reliait que les autres l’ont fait probablement.
Et pourtant, quelque chose est resté intact. Quelque chose en rapport avec une démarche fondamentalement de gauche, même si on ne l’a jamais appelé comme ça à l’époque : minoritaire et subversive, un pied en dehors du 16/9, mais pas complètement encore. A la fois en réaction à tout le système, mais dépendant de lui. Avec une aspiration à une ouverture en dehors, mais une ouverture réglementée par nos codes et nos valeurs de l’époque.
Un pas en dehors.
Alors j’abandonne le ton du jugement pour leur dire merci. Merci pour ce début de piste ensemble.
Aujourd’hui, je chante la pluie.
